Histoire du Pen ar Bed

 

 


Litho ex "The War with France" de A. Spont , 1850
tiré du manucrit de P. Choque à la Bibliothèque Nationale


Le Pen-ar-Bed au temps des Anglais

La navigation sur les cotes du Pen-ar-Bed remonte à une époque très ancienne. Au temps des Venètes les amphores vinaires et l'étain traversaient la Manche. Les Vikings empruntèrent les passages des ras de Bretagne pour se rendre à Brest où ils saccagèrent l'abbaye de Landevennec, en 913, puis à Nantes avant quelques décennies plus tard de s'installer en Sicile.

Dès la première croisade des guerriers et pèlerins du Nord conduits par Guynemer de Boulogne se sont rendus en Orient par mer. En 1189 une flotte d'une centaine de bateaux principalement frisons et flamands longea la côte Anglaise puis passa devant Saint-Mathieu, avant de s'arrêter à la Rochelle, de poursuivre sur Saint-Jacques de Compostelle et plus tard sur Lisbonne. Ces pèlerins perdirent un bateau sur une roche près de Saint Mathieu. En 1217 une autre flotte de pèlerins, forte de 112 bateaux, avec le Comte de Hollande séjourne à Saint Mathieu du 5 au 11 juin. On peut en lire le détail dans un texte qui nous est parvenu et qui a été publié en 1879, De Itinere Frisonorum, sous le titre Quinti Belli Sacri, Scriptores minores, par la Société de l'Orient latin.

Les espaces maritimes de la Carte pisane ont été colorés en bleu clair afin de permettre au lecteur peu familier de ces documents une lecture plus facile. Du coté gauche, le golfe de Gascogne. Au dessus le sud de l'Angleterre. L'île d'Ouessant marque le changement de l'orientation d'une côte que l'auteur de la carte ne connaissait que par oui-dire. Du coté droit, on distingue le contour de la côte méditerranéenne de l'Espagne et les Baléares. Le carroyage est une figure ptoléméenne que les italiens du XIII° siècles nommèrent toleta di martelloio qui servait sans calcul à estimer la direction dans laquelle devait se trouver l'endroit où on voulait se rendre. Carte pisane # 1270-90 B.N. Cartes & plans, Res. Ge B 1118

Les marins du nord n'utilisaient pas encore la carte à marteloire ni l'aiguille magnétique qui commence semble-t-il à recevoir une application nautique, en Méditerranée, à cette époque. Dès les premières années du XIX° siècles les cartes confirment que les marchands italiens se rendent en Flandres régulièrement par voie de mer.

Ce routier flamand du XVI° siècle donne une idée des méthodes de navigations employées dans les temps anciens. On y voit la pointe de Bretagne représentée selon un itinéraire linéaire. En bas Penmarc'h puis en remontant le ras de sein , l'île de Sein et sa chaussée la baie de Brest à droite la pointe Saint Mathieu le chenal du four avec à gauche Ouessant et les îles Quemenes et Molène puis en haut le Four et l'île de Batz. On remarquera l'absence de notation directionnelle précise. Par contre les amers, clochers, moulins roches sont soigneusement notés et commentés. C'était le chemin normal lorsqu'on venait de Bordeaux à Londres. Publié par J. Dénucé et F. Gernez, Anvers, 1936. ex bibliothèque communale d'Anvers n° B 29166. Col. de l'auteur

Comme de nos jours, le commerce maritime devait passer devant nos côtes. A cette époque cependant, la science http://pagesperso-orange.fr/hubert.michea/images/livredemer.gifnautique obligeait les pilotes à suivre la côte à la vue . On naviguait peu de nuit. On faisait de l'eau fréquemment, à la faveur d'un mouillage nocturne. Dépasser la pointe de Bretagne demandait, par conséquent, de s'engager dans les ras, celui de Sein avec ensuite un mouillage dans la presqu'île de Crozon, celui de saint Mathieu ensuite avec souvent une nuit passée au Conquet ou à Quémenes. Emprunter la route du large de l'île de Sein et déborder la chaussée, qui la prolonge vers l'ouest, représentait un danger mortel en raison de l'absence de repères conjugués à la violence des courants trop rapides pour les voiliers de cette époque.

Les naufrages étaient fréquents. Le Comte de Léon percevait bris et péages sur ses terres bordant le chenal du Four. Ces droits féodaux, repris lors des croisades par le Duc de Bretagne furent organisés avec émission de titre de paiement, qui portent le nom de bref, dont le coût variait selon la grandeur du navire. Ces titres étaient, dans les premiers temps, délivrés à Penmarc'h et à Saint Mathieu. Les moines retenaient dix pour cent du produit. Il est à croire que cela contribua à l'embellissement de l'abbaye. Naturellement les fraudes étaient parfois tentantes, mais les gendarmes veillaient. Cette affaire lucrative rançonnait les bateaux de toute l'Europe. Tous les pouvoirs temporels de l'époque se devaient de répondre aux plaintes de leurs marins.

La Bretagne s'est trouvée engagée au premier rang dans tous les conflits entre la France et l'Angleterre.


La croix pectorale des abbés de Saint Mathieu, d'origine orientale est un témoin de cette époque des Croisades.. Amis de Saint- Mathieu @

EN 1152, au retour d'une croisade, la reine de France, Aliénore d'Aquitaine, obtint le divorce du roi. Elle épousa un prince Anglais Henri Plantagenet. Roi d'Angleterre, il était aussi duc de Normandie et devint par cette alliance, duc d'Aquitaine. Ses possessions devinrent de beaucoup plus étendues que celles du roi de France. C'est à cette époque que les Anglais commencèrent à consommer des vins de Bordeaux. Le commerce entre Aquitaine et Angleterre se développa très rapidement. Une succession de querelles dynastiques, envenimèrent des différences culturelles, qui sépareront chaque siècle un peu plus, Français et Anglais. Ces disparités croissaient avec la fusion des Normands et des peuples autochtones de l'île. La chancellerie d'Edouard III utilisa aussi bien le latin que le français jusque sous Edouard III et Richard II, mais de nombreux vocables saxons apparaissent dans les textes de cette époque. Les inventaires du château de Brest, sous contrôle anglais en 1380, en témoignent fortement. Par ailleurs, des intérêts prè-industriels séparaient Français et Anglais en Flandre. Tout cela transforma un conflit féodal en guerres qui, au fil des siècles prendront les caractéristiques des conflits nationaux que nous avons connus à notre époque, et dans lesquels les intérêts commerciaux industriels, pèseront de plus en plus lourd. Les usages de ces temps ne permirent pas à Saint Louis de régler le différend qui séparait la couronne de France des Plantagenets. C'est son petit fils, Philippe IV , le Bel, qui porta le fer sur la plaie en séquestrant le duché d'Aquitaine. C'est alors que les juristes anglais mirent au point la doctrine de la souveraineté du roi d'Angleterre sur la mer. On peut avec certaine raison voir là l'acte fondateur de la tradition anglaise, aujourd'hui séculaire, d'hégémonie anglaise sur la mer. Les routes de mer passant sur les côtes du Pen-ar-bed, les Plantagenets montrèrent, par des alliances matrimoniales avec la famille ducale, par des dons aux Abbayes en particulier à Saint-Mathieu, leur intérêt pour la Bretagne. Ils recherchaient, ce que nous appelons, une zone d'influence. Les Anglais sont naturellement intervenus dans le malheureux conflit qui marqua la succession de Bretagne. Ils vinrent en alliés et se comportèrent en maîtres. Une des victimes les plus fréquentées par leur lourde amitié fut l'abbaye de Saint-Mathieu et les terroirs qui l'environnent.


La maquette ci-jointe, réalisée par les Amis de Saint-Mathieu, montre ce que pouvait être l'abbaye à la fin du Moyen-âge. Amis de Saint Mathieu @

La rivalité entre les Plantagenets et les Capétiens, latente, prit corps, à la suite d'affrontements de marins et de marchands établis des deux cotés de la Manche.

En 1292 un incident survenu dans l'île de Quemenes alluma une guerre navale. Des marins gascons, sujets du roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, se battirent avec des marins normands, sujets du roi de France, à qui prendrait de l'eau au puits. De crime en vengeance la rivalité des marins bayonnais, bretons, anglais, et normands trouva là prétextes à toutes sortes de violences. Dans ces temps là on délivrait des marques, ancêtres de la lettre de marque, qui permettait à un sujet, spolié par les habitants d'un port, de se payer sur les bateaux et marins du même port ou pays que ses agresseurs. Quelques documents de cette nature ont survécu. Le contrôle de l'usage qui était fait de ces marques, était difficile. Il faisait l'objet d'enquêtes judiciaires, à posteriori avec citations à comparaître. Les délais de transmissions faisaient traîner les procédures pendant des années. Les archives de Londres sont riches de documents concernant des bateaux de toutes nationalités agressés dans les ras par Français, Anglais, Bretons, Espagnols et même des Danois. Toute l'Europe est sur les bancs.

En 1295, Philippe le Bel ayant séquestré le duché d'Aquitaine, ce fut la guerre ouverte. Une flotte anglaise destinée à soutenir le duché d'Aquitaine passait le ras. Elle s'arrêta à Saint Mathieu et au Conquet qui furent entièrement pillés. Dans une enquête du Vicomte d'Avranches, ordonnée par Philippe le Bel on lit qu'à Saint Mathieu les agresseurs ont enlevé, les objets du culte.... " et jusqu'au fers de l'huys " . En ce temps là le fer était rare. Une paix précaire suivra . Elle durera jusqu'à Edouard III. Les exactions navales commises dans les ras, seront moins fréquentes.

L'intervention anglaise dans la guerre de succession de Bretagne compliqua la longue période de conflits franco anglais qu'on désigne sous le nom de guerre de Cent ans dont on fixe, par tradition, le début à la succession du dernier des héritiers de Philippe le Bel, que M. Druon a célébrés sous le titre de rois maudits. Jean de Montfort, prétendant au trône ducal, soutenu par les Anglais, se saisit dès 1341 du château de Brest. Il y mit Tanguy du Chatel. Un certain Maurice du Conquet se chargeait de passer des missives confidentielles entre la Bretagne et Londres. Gautier de Mauny, capitaine Anglais débarqua à Brest. Il se saisit du Conquet qui tenait pour l'adversaire de Montfort, Charles de Blois, soutenu par le roi.

En octobre 1342 Edouard III, roi d'Angleterre, en personne débarqua à Brest. Après avoir installé ses troupes dans la mêlée confuse de ce début de guerre civile, il rembarqua à Saint-Mathieu en février suivant à destination de Londres. Il comprit tout l'intérêt de la rade de Brest où il avait pu mettre ses bateaux de transports de à l'abri.

Pendant trois cent ans les Anglais tenteront de contrôler Brest.

Le vieux château dont les substructions datent de l'empire romain furent renforcées. Un capitaine breton, puis un anglais, en reçut la garde. Pour faire vivre ses hommes il ne tarda pas à se servir dans les campagnes environnantes. La position de Saint-Mathieu ne pouvait manquer d'attirer son attention. C'est de là qu'on signalait les navires qui approchaient. Les confiscations de bateaux passant les ras, chargés de vins et de sel également se multiplièrent. Les sécheries de congres et de merlus de l'abbaye étaient une source de ravitaillement et de recettes. En 1373, les soudards de Brest pillèrent un vaisseau Espagnol, la Santa Maria, dans le ras. Afin de cacher leur crime, ils mirent le feu au navire après avoir enfermé les Espagnols dans la cale. De courageux habitants de Saint-Mathieu les sauvèrent. Le crime resta impuni. Le roi d'Angleterre adjoignit au capitaine anglais de Brest, un receveur, chargé de gérer les réserves du château, de payer les soldes des soldats et, de contrôler que les prises sur les habitants et navires de passage se situaient dans le respect des lois. C'était un effort mais la réalité restait pitoyable. Les exactions des soudards remplissent les lettres du duc Jean V au roi d'Angleterre. Les procédés du capitaine anglais devenaient plus élaborés. En 1396 il obligea, peu avant la restitution du château les habitants de Saint-Mathieu à payer au prix fort des " vins pourritz emplis de mer " et le duc d'écrire à la suite d'une longue liste d'exactions que le résultat était " que le pays se desheberge "

Après la défaite, à Auray, en 1364, de Charles de Blois, Jean IV devint Duc de Bretagne. Il était, à ce titre, féodataire du roi de France mais ses intérêts l'attachaient à son beau-père Edouard III. Sa politique louvoyante entre Paris et Londres entretint le conflit. En 1366 il reçut d'Edouard III une lettre demandant, " Que la ville de Saint-Mathieu, ne nulle aultre ville ne chastel sur les ports ne soyent dessoubs la garde de Bretons, mais soient gouvernées par bons Anglois " Et le duc de le faire....

Froissart raconte, à sa manière, les tentatives françaises de reprise Brest, les secours apportés aux Anglais assiégés par les flottes d'Angleterre et les efforts de Dugesclin, qui poursuivit le duc jusqu'à Saint-Mathieu en 1373. L'année suivante Edmond de Cambridge et le duc Jean IV débarquèrent à Saint-Mathieu et vengèrent l'affront sur les pauvres gens du Conquet .

En 1377 un nouveau roi, Richard III, monta sur le trône d'Angleterre. Cette guerre avait coûté beaucoup aux deux couronnes. Elles avaient dû l'une et l'autre faire appel à l'impôt pour financer l'effort de guerre et cela d'autant plus que du coté anglais les troupes étaient soldées. Coté français nous en étions encore aux quarante jours de devoir féodal. Une fois ce devoir empli, les seigneurs pouvaient retourner dans leur manoir. Le roi de France, Charles VI, monté au trône en 1380, fit donc lui aussi, appel a des supplétifs soldés. Sa cassette ne pouvait suffire. L'appel à la contribution fiscale posa quelques difficultés.

Le Schisme d'Occident, fut l'occasion d'une pause dans ce conflit. C'est par la diplomatie que Brest fut remis entre les mains de Jean IV, en 1397. Ce fut la fin d'un demi siècle d'occupation anglaise du Pen-ar-Bed. La folie de Charles VI qui survient en 1392 n'y changea rien


Le château de Brest imaginé par E. Isabey in J. Janin, La Bretagne, 1862

Les marins et marchands de Londres ne se consoleront pas de la restitution du château au duc de Bretagne. Cette restitution fut le résultat d'un rapprochement temporaire entre les couronnes ennemies. Ce rapprochement avait marqué une tentative de régler le conflit par d'autres voies qu'une guerre qui obérait les finances publiques. Le parti de ce que nous appelons de nos jours les " faucons " l'emporta, obtint la destitution de Richard et de la reprise de la guerre. Henry V d'Angleterre massacra, à Azincourt, la chevalerie française. Mais Brest restera bretonne et française. L'évaluation de sa position, nous dirons stratégique, pour cette époque, compta dans la politique royale qui aboutit, cent ans plus tard, au traité d'union du duché à la couronne. Brest restait pour les marins de Londres et de Bristol, une place qu'à défaut de posséder il fallait neutraliser.

Après la prudente remontée de la dynastie capétienne, poussée par l'héroïque Jeanne d'Arc, un statut-quo s'établit avec l'Angleterre. Il ne lui restait plus sur le continent que Calais. Les problèmes stratégiques se déplacèrent vers la Méditerranée. Les deux pays commencèrent à ressentir les effets de la Réforme et des grandes découvertes. La Bretagne était, enfin, en paix. Les marins Bretons étaient les rouliers des mers. Une impressionnante part du commerce maritime de sel et de vin était transportée par des bateaux de Penmarc'h et d'autres ports du duché. Les hauts reliefs des églises de Penmarc'h et de Roscof montrent de beaux bateaux, comme on savait les faire chez nous . Le commerce du lin vendu tant en Espagne qu'en Angleterre fut un âge d'or du Finistère.

Au gré des alliances temporaires le conflit franco-anglais se rallumait. François 1er entra en compétition contre Henry VIII. Au cours de ce nouveau conflit Brest fut à nouveau menacé. La duchesse Anne avait constitué une flotte de guerre. On possède encore le compte de construction de la grande nef de Morlaix dite la Mareschale, probablement la Cordelière qui avait guerroyé contre les Turcs, dans le Levant, sous le commandement de Prégent de Bidoux. Un des pilotes de la Cordelière , Martin le Naut, qui survécut à la tragique fin de ce navire et fut mené prisonnier en Angleterre, avait livré en 1508 une nef construite au Conquet sous le nom de Trésorière, au roi d'Ecosse, alors notre allié contre l'Angleterre

En 1513 une tentative des Anglais contre Brest se solda par le célèbre combat. On y vit la perte de La Cordelière, commandée par Hervé de Portzmoguer, et du Régent, anglais. Dans la flotte qui assaillait les Français se trouvait un navire anglais dont l'épave a été relevée récemment , la Mary Rose. L'année suivant une autre tentative fut contrée par des galères venues de Provence aux ordres de Prégent de Bidoux qui causa la mort de l'amiral Howard dans la ria du Conquet.

Le dessin en tête de ce mémoire est une lithographie tirée de l'ouvrage d'Alfred Spont The war with France, Navy records Society, 1897, elle même exécutée d'après un manuscrit de la Bibliothèque Nationale où il illustre un texte de Pierre Choque, héraut d'Anne de Bretagne. On voit la Cordelière agrippée au Regent . Les deux navires brûlent. Dans quelques instants tous deux vont exploser. C'est la seule représentation connue de cet événement de guerre navale dont des chercheurs tentent de retrouver des vestiges en mer d'Iroise. Col. de l'auteur Alain Bouchart, Les grandes chroniques de Bretaigne enjolive sans doute la fin d'un vaillant capitaine breton: " Ce nonobstant ung vaillant capitaine de mer breton, nommé Primoguet, lequel estoit capitaine d'une grande nef la royne de France avoit faict faire en la ville de Morlaix.... Mais à la fin aulcun de la Cordelière qui estoit dans la hune getta le feu dedans la Regente, parquoy le feu print aux pouldres & salpestres & furent presque tous bruslez, tant dung costé que d'autre et & y demoura l'admiral d'Angleterre & ses gens. Le capitaine Primoguet voyant le feu si près de luy & que ny avoit aulcun remede ne secours se ietta en la mer tout armé & fut noyé .... Et ce fut faict le jour Sainct Laurens, au moys d'Aoust mil cinq cens & xiii ". Saint Laurent fut martyrisé sur le feu d'un un grill. C'est pourquoi le palais de Philippe II à l'Escorial, qui est placé sous l'invocation de ce saint, a la forme d'un grill.... Primoguet est la transcription en Français de Portzmoguer. Hervé de Portzmoguer, était de petite noblesse. Sa mère, dame du Prédic, était née au manoir du même nom. Ce manoir existe encore. Face à la mer d'Iroise, il est le dernier que l'on voit lorsqu'on arrive aux murs de l'abbaye de Saint Mathieu en venant de Plougonvelin. Si les recherches entreprises, depuis deux ans, en vue de retrouver les épaves de la Cordelière et du Régent aboutissaient, on trouverait peut-être quelques éléments donnant corps à la rumeur selon laquelle ce combat aurait vu l'usage d'une invention brestoise : le sabord. Voyez le site du Gran http://www.archeonavale.org/

L'année d'après en 1513, Le roi d'Angleterre envoya une flotte aux ordres de l'Amiral Howard, toujours pour surprendre Brest.

Amiral anglais de l'époque d'Henri VIII et soldat anglais de même. Dessins de l'auteur

Charles VIII avait appelé du Levant Prégent de Bidoux. Avec ses galères l'amiral du Levant avait contourné l'Espagne et s'était embossé au Conquet. Howard tenta de l'en déloger mais y laissa la vie. Prégent " fit pescher les morts " et écrivit à la Reine Anne pour lui offrir " le sifflet d'argent du dit milord " et demander ce qu'il fallait faire du corps. Il précise l'avoir " empli de sel " et ne demander comme faveur que d'en " garder le coeur ".... Cette littérature fut imprimé à Rouen sous le titre Double des lettres envoyées en cour par Prégent, capitaine des galées du Roy Les médias de l'époque, comme de la notre avaient du coeur....

A quelques années de là, en 1558, Les Français, sous la conduite du duc de Guise reprirent Calais. Ce fut un peu une surprise pour les Anglais. C'était d'abord contre l'Espagne que les Français se battaient; du coté de Saint-Quentin. On dit que la reine Mary Tudor en mourut de désespoir. Poussée par Philippe II d'Espagne, qui rêvait d'une alliance anglo-espagnole contre la France, au point de l'avoir épousée, mais ne lui rendit visite, en 1557, que pour préparer les hostilités conjointes contre la France, la Reine d'Angleterre, mit à la mer une flotte qui devait ravager les côtes françaises et tenter de neutraliser Brest.

L'amiral Clinton commandait en 1558 une flotte anglo-flamande que la Reine d'Angleterre dirigea vers les côtes de France avec mission de faire les dommages possible à la place de Brest. 120 voiles parmi lesquelles celles du comte de Hoorn et du vice amiral des Pays bas de Wacken se présentèrent au Conquet le 29 juillet 1558, débarquaient aux Blancs sablons et saccagent le Conquet et Plougonvelin.


Peinture Museum Asmolean Museum, Oxford in A regiment for the Sea by William Bourne, Hakluyt Society, 1961. @


Commandée par l'amiral Clinton, secondée par l'amiral des Flandres, cette flotte n'obtint pas de résultat significatifs pour la suite de la guerre. Par contre elle causa beaucoup de dommages aux habitants du Pen-ar-bed. Le débarquement eut lieu aux Blancs Sablons. Le Conquet, fut ravagé, Bertheaume Saint-Mathieu, Plougonvelin également. Le Sire de Kersimon qui rassembla le ban et l'arrière ban, obligea les Anlo-Flamands à et leur prit dit on quelques dizaines de prisonniers. Le traité de Cateau-Cambrésis qui mit fin au conflit l'année d'après, n'évoque pas cet attentat.. bien qu'il soit évoqué par plusieurs chroniqueurs. L'indemnisation des victimes ne semble pas avoir été au delà d'exemptions fiscale partielles qui se poursuivront pendant quelques années. On a retrouvé une enquête fait par M. de Lezonnet. Il déclare que sur 450 maison au Conquet seules douze maisons sont restées intactes. Les mauvaises langues disent que ce sont celles de marchands qui avaient des intérêts en Angleterre.

L'hostilité de l'Espagne à l'endroit de la couronne de France venait pour beaucoup des questions religieuses. L'amiral de Coligny avait laissé la bride sur le cou à ses chiens de mer Normands et Bretons qui s'attaquaient aux galions qui venaient d'Amérique. Installés en Floride et à Rio, la France antarctique d'André Thévet, les marins français huguenots le plus souvent furent massacrés, non comme français mais comme hérétiques par les soldats de Philippe II. Avec la paix les Français restent dans l'hexagone. Les huguenots ne sont plus autorisés à courir sus à l'espagnol. Ce sont les Anglais qui prennent la relève.

Il serait étonnant qu'à l'occasion de cette descente les Anglais n'aient pas récupéré quelques planches et des stocks d'almanachs nautiques réalisés par Guillaume Brouscon au Conquet de 1543 à 1548. Un de ces almanachs a semble-t-il été la propriété de " F. Drak ". Les Anglais se livraient à cette époque à une collecte systématique d'information nautiques sur les possessions hispano-portugaises. Richard Hakluyt, du Middle Temple de Londres, était la cheville ouvrière de cette entreprise de renseignement. Ami d'André Thévet, il obtint de lui le Codex dit de Mendoza qui avait été pris sur les Espagnols par un corsaire français. Les document est depuis conservé à Londres. Les déprédations de Francis Drake, Hawkins, Raleigh et autres exaspérèrent Philippe II au point qu'il lança sur la grande île son Invincible Armada qui connut le sort que l'on sait.


Ce plan aurait été exécuté par Ubaldino expert des fortification qui a été en service du roi de France. Il est daté de 1563 . Sa légende indique " plan of a landing place in Brittany "Il s'agit semble-t-il du Conquet et des Blancs sablons.Document P.R.O. S.P. 70/55 @

Les murs des maisons qui ont survécu parlent à qui les écoutent.

Deux bourses flanquent la porte du petit château du Conquet. Cette maison forte donne sur l'ancienne rampe Lombard. Le nom de cette rue rappelle que c'est là que se tenait le Lombard, le banquier qui remplaça les Juifs expulsés du royaume. Là se payaient les brefs de mer dont le dixième était reversé à l'abbaye de Saint Mathieu.
Photo de l'auteur.

Guillaume Brouscon, dont, à ce jour on ne connaît pas l'origine réalisa une belle carte en 1543. Il est le premier à représenter sous sa forme définitive l'île de terre Neuve. Ceci correspond aux voyages de Jacques Cartier qui lors de son troisième voyage s'était assuré les service de Jean Alphonse. Les Portugais revendique Jean Alphonse comme un de leurs marins. C'est sans doute lui également qui a suggéré à Brouscon le continent austral que les Dieppois désignent sous le nom de Grande Jave. Ce document témoigne de la vitalité des entreprises maritimes bretonnes à cette époque. Huntington library San Marino Californie H.M. 46 @ Guillaume Brouscon édita des almanachs nautiques qui fournissaient sans calcul l'heure de la pleine mer et de la basse mer dans la plupart des ports de Bretagne. Chaque port était rattaché à une rose. La rose Surouest était celle qu'il fallait consulter pour le Conquet. Au trentième et au premier jour de la marée (couronne extérieure) on lit 3 et 3/3 ce qui signifie que la pleine mer a lieu à 3 h et 3h45 du matin ou de l'après midi. Il s'agit d'heure solaire. La couronne intérieure indique celle de la basse mer. Les angelots, comme la bordure de la carte ci dessus sont du style de l'école de Fontainebleau. Ce document avait été destiné à l'amiral de France. Il date de 1543. Un autre document très soigné est conservé à la Bibliothèque nationale. Il provient de la Bibliothèque de Notre-Dame. Un autre de moindre qualité est relié aux armes du cardinal de Richelieu. N'ayant pas obtenu la protection qu'il semblait chercher à Paris, Brouscon resta au Conquet où il vécut de l'édition de ses almanachs, imprimés sur parchemin au moyen de typons de bois. Ces almanachs dont on connaît une douzaine d'exemplaires sont moins soignés que celui-ci mais tout aussi prisés des Anglais. Curieusement, en 1594, lors de la reprise de Roscanvel, ses deux fils changèrent, pour une raison qui n'est pas élucidée, leur patronyme de Brouscon en Lyneur.

Rose de marée d'après G. Brouscon, 1543

A la fin du siècle les malheureuse divisions de la France et de la Bretagne entre partisans des églises réformées et catholiques fournirent aux Espagnols l'occasion de prendre pied en Bretagne au Blavet mais aussi de s'établir à la pointe des Espagnols. Il ne purent obtenir la réédition du château de Brest tenu par Sourdeac. C'est de cette époque que date le bastion du château. C'est alors qu'en arasant les tours romaines de la courtine qui regarde vers la ville on aurait découvert une grande médaille à l'effigie de César, qui aurait, selon la légende, été replacée dans le mur du château.

Pour déloger les Espagnols de la région brestoise, Henri IV nouveau roi de France dut compter sur la flotte d'Elisabeth d'Angleterre, dont l'église, séparée de Rome, voyait très mal les progrès faits en France par l'Espagne catholique. Gageons que la rusée et calculatrice reine vierge ne prêta pas son aide sans arrières pensées. Elle perdit, au cours combats qui eurent lieu pour reprendre la pointe de Quelern, un de ses plus fidèles marins et explorateurs, Martin Frobisher. Cette alliance allait contre le sens de l'histoire. Les ambitions des marchands de la city se heurtaient trop à celles de nos marins. Brest restait un guêpier qu'il fallait boucher.

Cette maison appartint à des maîtres de barques qui portaient le sel et le vin de Bordeaux en Angleterre et en Flandre, Les Bernard. Une rue du Conquet évoquait encore leur souvenir il y a quelques décennies. Cette maison fait le coin d'une place au centre de laquelle se trouvait le grand puits du Conquet. Ce puits a été comblé par l'armée d'occupation au cours de la seconde guerre mondiale. Il gênait le passage des convois qui établissaient les fortifications du mur de l'Atlantique. Alexandre de Beauharnais y séjourna pendant la Guerre d'indépendance des Etats-Unis. Col. de l'auteur.

Cent ans plus tard, en 1695, la flotte anglaise tenta une dernière fois de surprendre le château et l'arsenal de Colbert en débarquant à Camaret.

La renaissance du commerce, de la marine et des colonies françaises sous Louis XV se fit en paix avec l'Angleterre. Mais la City veillait. Il s'agissait de savoir qui dominerait la mer et qui contrôlerait le commerce par mer. C'était la clef d'une hégémonie mondiale. Nous reçûmes de belles raclées pendant les guerres de succession d'Autriche et de Sept ans. Mais on veillait sur Brest. La guerre d'Indépendance des Etats-Unis fut l'occasion d'une revanche. Notre matériel était au meilleur niveau et nos marins nombreux grâce au système des classes mis au point par Colbert, dont on peut écrire que son établissement des Invalides fut le premier système de protection sociale institué au monde. Naturellement Brest fut bien gardé. Les régiments se succédèrent dans le Pen-ar-Bed. C'est ainsi que le premier époux de Joséphine de Beauharnais tint poste à Bertheaume et résida au Conquet. Il écrivait à sa cousine " Plaignez moi, car je suis dans un pays entouré d'eau et où les gens parlent un langage que nous n'entendons point. "

Le rocher de Bertheaume. Alexandre de Beauharnais y fut de garde lorsque son régiment assura la garde des cotes du Pen-ar-Bed. Il logeait au Conquet dans une maison du temps des Anglais qui existe encore. Neptune Français, 1822, col. de l'auteur

La révolution détruisit le bel édifice naval construit par les ministres de Louis XVI. Napoléon tenta de relancer la marine mais Trafalgar et sans doute son peu d'attirance pour la mer ne permirent pas de tirer un parti satisfaisant d'une flotte qui à la fin du règne comptait autant de navires que l'Angleterre.

En ces temps là, plusieurs flottes anglaises, reçurent mission de bloquer Brest. Pendant plusieurs années, par tous les temps, les vaisseaux de blocus tinrent la mer au large de l'Iroise. Leurs équipages purent se soutenaient grâce au " Limejuice ", ou jus de citron, qui leur évitait les effets ravageurs du scorbut, et aux Beef boats qui apportaient les rafraîchissements nécessaires. Les Anglais perdirent là plus de navires par fortune de mer que par l'action de nos forces. Les populations riveraines s'affairaient à récupérer des épaves de certains de ces navires. Maigre compensation à l'absence des marins bretons qui croupissaient dans les pontons.


Naufrage du vaisseau anglais Magnificent sur les Pierres noires 25 mars 1804, N.M.M. ref BHC 0534 @

Grâce çà Dieu nous ne sommes plus en guerre avec les Anglais mais le Pen-ar-bed se souvient de ces siècles de guerre et de rapines. Il nous reste les maisons des Anglais. Elles n'ont de commun avec nos amis d'outre manche que d'avoir été construites à l'époques de leurs exactions passées.

 

 

Dernière mises à jour de la page : vendredi 15 juin 2012

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